Paroles d'experts autour de la LMC

Le Docteur Agnès Guerci-Bresler

La perspective d’une grossesse avec une LMC ?

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Agnès Guerci-Bresler, hématologue

 

Praticien hospitalier en hématologie au Centre Hospitalier Universitaire Bravois à Vandoeuvre-lès-Nancy, le Docteur Agnès Guerci-Bresler est impliquée dans la LMC à travers la prise en charge des patients depuis près de trente cinq ans. Elle est la référente, au sein du service d’hématologie, pour la prise en charge des patients atteints de leucémie myéloïde chronique, de syndromes myélodysplasiques et de leucémies aiguës promyélocytaires.

 

 

Les extraordinaires avancées thérapeutiques dans la LMC ont modifié le profil évolutif de cette maladie. De fait, avec l’amélioration de l’espérance de vie, la perspective d’une grossesse est possible. Chez les patient(e)s en âge de procréation, ce projet de conception et de grossesse doit être accompagné.

 

Chez les hommes :

 

Chez les hommes, il n’existe pas de problème de malformation fœtale ni de risque d’anomalies génétiques. Le traitement peut être maintenu pendant la conception. Le désir de parentalité ne pose donc pas de problème bien particulier. Quelques cas de diminution de la fertilité ont été rapportés sous imatinib. Peu de données sont disponibles avec les ITK de deuxième génération. Il n’y a pas d’indication systématique à une conservation de sperme mais celle ci doit être discutée avec le patient dans une situation de maladie résistante ou réfractaire à un traitement de première ligne.

 

Chez les femmes :

 

La situation est plus complexe chez les patientes jeunes. Il est en effet indispensable de prendre en compte le bon développement du bébé et la maladie de la maman. L’objectif est de concilier une grossesse normale et le maintien d’une réponse optimale chez la maman.

 

Le projet de grossesse doit donc être abordé et discuté dès le début de la prise en charge thérapeutique. En effet, les ITK sont contre-indiqués durant la conception et la grossesse, compte tenu du risque embryotoxique ; des malformations graves peuvent être observées chez des bébés exposés « in utéro » aux ITKs. Le choix initial de l’ITK doit tenir compte, raisonnablement, de ce désir potentiel de grossesse. Une réponse optimale et rapide, puis le maintien de cette réponse optimale, permettront d’envisager dans des conditions précises un arrêt de traitement. Il est donc important d’avoir un certain recul thérapeutique.

 

La qualité de la réponse au moment de la conception est primordiale pour permettre d’envisager une grossesse avec un suivi optimal, au mieux sans reprise d’aucun traitement spécifique, avec le maintien de la stabilité de la réponse optimale jusqu’à l’accouchement. Dans une situation moins optimale, la reprise d’un traitement spécifique par interféron peut s’imposer, seul traitement n’exposant pas le bébé à un risque malformatif.

 

Après la naissance, l’autorisation d’allaitement est aussi dépendante du maintien ou non d’une réponse optimale. Les ITK passent abondamment dans le lait maternel et aucune reprise de traitement n’est donc possible si la maman souhaite allaiter. L’idéal est donc bien de planifier la grossesse pour assurer à la fois le développement normal de l’enfant à naître et le contrôle optimal de la maladie de la maman. Le suivi doit être assuré par une équipe spécialisée multidisciplinaire pour que ce projet de parentalité soit un succès.

 
Extrait du 2e Livre Blanc des États généraux de la LMC