Compte rendu conférence LMC France

Conférence LMC France 2016

Patients, experts : regards croisés - 24 Septembre 2016

Introduction de la journée par Mina Daban (Présidente LMC France),  Norbert Nabet (Directeur Général Adjoint de l’Agence Régionale de Santé PACA) et Aurélie Philippe (Déléguée régionale Adjointe INSERM)

Mina nous a fait, comme à son habitude, un accueil chaleureux. Elle a présenté à tous les participants le programme de la journée et a remercié l’assistance de sa présence pour cet événement annuel important dans la vie de l’association.

Norbert Nabet a rappelé l’ampleur du travail accompli par LMC France et a renouvelé la volonté de l’ARS PACA de  maintenir son soutien aux actions futures de l’association.

Aurélie Philippe a rappelé que l’INSERM soutien l’association LMC France depuis la toute première journée mondiale il y a 5 ans. Elle a également rappelé l’investissement des chercheurs de l’INSERM dans le combat contre la LMC puis nous a fait part des projets de l’INSERM en cours et à venir.

LMC FRANCE Norbert Nabet  DIRECTEUR GENERAL ADJOINT ARS Paca LEUCEMIE CANCER
Norbert Nabet - DGA ARS Paca
LMC FRANCE MINA DABAN PRESIDENTE LEUCEMIE CANCER
Mina Daban - Prés. LMC France
LMC FRANCE Aurélie Philippe INSERM DELEGUEE REGIONALE ADJOINTE LEUCEMIE CANCER RECHERCHE
Aurélie Philippe - INSERM


Annonce du lauréat 2016 des 20 000 euros pour la recherche

Nom du projet :

 " Rôle de la voie BMP dans la résistance aux traitements de la Leucémie Myéloïde Chronique des cellules leucémiques et dans les cellules stromales."


Équipe médicale :

Professeur Mauricette Michallet

Docteur Stéphanie Gobert

Docteur Véronique Maguer-Satta

Docteur Franck Nicolini

 

C’est un important projet pour pouvoir comprendre les mécanismes affectant la résistance au traitement de LMC et pour pouvoir agir par la suite avec de nouveaux traitements.


Première partie

Mina Daban Présidente LMC France conference 2016 leucemie cancer CML myeloid chronic leukemia
Mina Daban, Présidente LMC France

Mina Daban (Présidente LMC France) :

 

Le livre blanc de la LMC, 3 ans après
Mina a témoigné de son histoire, de la brutalité de l’annonce du diagnostic de LMC en 2003, des informations alarmistes trouvées sur internet, des effets secondaires très lourds du 1er ITK qui l’ont maintenue alitée pendant 6 ans, jusqu’à l’émergence d’un nouvel ITK qui lui redonne un avenir. Pendant toutes ces années elle a muri son projet. Elle crée alors l’association LMC France et la dote d’un conseil scientifique solide pour combler le vide auquel sont confrontés les patients.
S’en suivent de nombreuses actions : l’ouverture d’un site internet, la création de la journée mondiale de la LMC le 22/9 en référence aux chromosomes impliqués dans la LMC et la création de nombreux outils d’information et d’éducation. La parution du livre blanc des 1er Etats Généraux il y a 3 ans donne enfin la paroles aux patients et à leurs proches. Il offre également une tribune aux experts de la LMC et propose 16 mesures visant à améliorer la prise en charge et la vie des patients. Ce livre blanc a été  très largement diffusé après des patients, des autorités de santé et des pouvoirs publics et a connu un accueil chaleureux. LMC France fut même invitée à le présenter au Président de la République et à son conseiller à la santé en prélude à l’annonce du nouveau plan cancer. Le Livre Blanc des 1ers Etats Généraux de la LMC fut récompensée de 2 awards à Belgrade en mai 2014 et à Barcelone en 2015 !
Trois ans après, LMC France profite de cette journée mondiale pour faire un état des lieux. Durant ces trois années, l’association a recueilli la parole des patients et observé l’évolution de leur prise en charge à travers la France. Elle a crée un forum sur son site internet pour faciliter les échanges et les réflexions et a réalisé une enquête nationale pour compléter la démarche.
Tout ceci a abouti à la parution du livre blanc des 2nd Etats généraux qui s’est enrichi de nouvelles propositions afin de toujours mieux soutenir et améliorer la qualité de la prise en charge des patients et de leur famille.
En résumé, cette enquête révèle, que la perception de la LMC s’améliore peu à peu, que les patients sont toujours satisfaits du corps médical et des informations qu’ils reçoivent du corps médicale mais reprochent toutefois un manque de temps et d’écoute lors des consultations. Certains établissements ont d’ailleurs déjà mis en place un service d’infirmières coordinatrices ou proposent de l’éducation thérapeutique afin de remédier à ce manque. Concernant la prise en charge thérapeutique, l’enquête montre que les patients sont toujours satisfaits de leur suivi par l’hématologue mais le taux de satisfaction est en baisse lorsqu’il s’agit des informations reçues sur les essais thérapeutiques, les traitements et les modalités d’arrêt du traitement.
L’enquête confirme le rôle prépondérant du conjoint dans l’aide psychologique apportée au patient et trois quarts des personnes ayant répondu estiment que le conjoint ne reçoit pas l’aide qu’il mérite.
Enfin, elle révèle  l’insatisfaction des patients vis à vis de la gestion des effets indésirables liés aux traitements, des mesures d’accompagnement à l’emploi et de l’accession à l’assurance et à l’emprunt. Elle met en lumière l’ignorance des patients et des proches sur l’éducation thérapeutique et montre que 91% des patients seraient intéressés par du e-learning.
Vous pouvez retrouver le détail des résultats de cette enquête dans le livre blanc des 2nd Etats Généraux sur le site internet de l’association LMC France.
Et pour finir, Mina, qui a récemment obtenu le diplôme universitaire de conception de dispositifs de e-learning, nous a présenté la vidéo de lancement du très prochain site de e-université de LMC France. Projet qui a d’ailleurs reçu les félicitations du jury de l’université de Rouen !

quiz LMC France conference 2016 journee mondiale world cml day
Le quiz LMC France - Conférence 2016

Quiz « La LMC, l’essentiel » concocté par LMC France.

 

A la fois très instructif et plein d’humour, il nous a permis de voir ou revoir des fondamentaux sur la LMC,  ses traitements, l’observance…
Cet outil a permis d’apprendre ou de consolider les connaissances sur la LMC de façon ludique et interactive.
L’assistance devait donner ses réponses à l’aide de cartons de couleurs.
Un collège d’experts (composé des docteurs Charbonnier, Mozziconacci, Hoarau et de Yolande Arnault, psychologue clinicienne) a apporté les compléments d’information, son éclairage en fonction des questions abordées.

Docteur Aude Charbonnier hématologue hematologist Présidente LMC France conference 2016 leucemie cancer CML myeloid chronic leukemia
Docteur Aude Charbonnier, Hématologue

Dr. Charbonnier, hématologue et Présidente du conseil scientifique LMC France

 

Dernières recherches en LMC : éradication des cellules souches de la LMC.
Le Docteur Aude Charbonnier a tout d’abord rappelé que les cellules souches situées dans la moelle osseuse,  sont des cellules pluripotentes, c’est à dire capables de se différencier pour former toutes les cellules présentent dans notre sang ou cellules filles.  Ces cellules souches vivent au ralenti, elles se renouvellent à l’identique et meurent soit de façon programmée (on appelle cela l’apoptose), soit en s’auto consumant (ou autophagie).  Dans la LMC, certaines cellules souches sont porteuses de l’anomalie chromosomique, t(9;22) ou chromosome de Philadelphie, qui caractérise la LMC, et dont résulte la protéine « anormale » (ou plutôt "oncogénique") BCR-ABL responsable de la maladie. Elles vont, lors de la différentiation, transmettre cette anomalie chromosomique aux cellules filles et représentent donc un " stock " de cellules leucémiques. Mais contrairement aux cellules filles, les cellules souches sont difficiles à éradiquer avec les ITK notamment, car elles produisent très peu de BCR-ABL,  cible des ITKs.
La sensibilité des techniques actuelles de suivi de la maladie ne peut garantir l’absence de cellules souches leucémiques chez un patient présentant une absence de détection de la maladie par la technique de PCR (réponse anciennement appelée "réponse moléculaire complète"). Des cellules souches leucémiques sont vraisemblablement toujours présentent dans la moelle osseuse d’une majorité des patients, si ce n’est de tous.

 

Les études d’arrêt de traitement chez des patients en réponse moléculaire complète (ex. étude STIM) montrent d’ailleurs que la moitié des patients rechutent en perdant leur réponse moléculaire majeure, et doivent reprendre le traitement par ITK. L’’autre moitié des patients va pouvoir arrêter (définitivement ?) le traitement, même si certains d’entre eux ont régulièrement une PCR faiblement positive. Chez tous ces patients pour qui l’on peut maintenir un arrêt de traitement, l’absence de cellules souches  malades est donc peu probable et le système immunitaire ainsi que le microenvironnement de la moelle osseuse seraient responsables du maintien en "dormance" des cellules souches leucémiques restantes.

 

Permettre aux patients d’obtenir une meilleure réponse aux ITK et éviter la rechute lors des arrêts de traitement passe par l’éradication des cellules souches leucémiques. Les dernières recherches s’orientent vers différents modes de traitements qui ont pour objectif de tuer les cellules souches malades, sans pour autant affecter les cellules souches normales :

  • traiter longtemps avec l’Imatinib
  • utiliser des ITKs de 2nd génération
  • réutiliser l’interféron (en association avec un ITK ?)
  • Empêcher le renouvellement des cellules souches leucémiques  et leur survie en induisant l’apoptose (mort de la cellule). Des essais cliniques sont actuellement en cours.
  • Empêcher leur prolifération
  • Empêcher l’autophagie

Le Docteur Aude Charbonnier a toutefois rappelé qu’avant tout, l’observance au traitement restait primordiale dans le combat contre la LMC.

Deuxième partie

Professeur Joelle Micallef pharmacovigilance Pharmacologie LMC France conference 2016 leucemie cancer CML myeloid chronic leukemia
Professeur Joelle Micallef

Pr. Joëlle Micallef (Directrice du Centre Régional de Pharmacovigilance et d’Information sur le Médicament, Service de Pharmacologie Clinique & Pharmacovigilance)


Le médicament dans la vraie vie : création, AMM, effets secondaires, générique

Joëlle Micallef nous a tout d’abord rappelé la façon dont émerge un nouveau médicament. Il s’agit d’un processus long (10 ans environ) et laborieux qui passe d’abord par des phases de recherche et de test en laboratoire afin de parvenir à sélectionner des « molécules candidates » qui seront évaluées chez l’homme dans le cadre d’essais cliniques. A l’issue des essais cliniques, il revient à l’agence d’évaluation du médicament (en cas d’enregistrement uniquement en France c’est l’ANSM : Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé, en cas d’enregistrement en Europe, c’est l’EMA : European Medicines Agency) de définir si le « candidat médicament » répond à 3 exigences indispensables :  la qualité, la sécurité et l’efficacité.

C’est sur cette base que cette instance réglementaire  évalue le rapport entre le bénéfice apporté par le traitement et les risques associés à sa prise, et décide si la balance bénéfice-risque permet au « candidat médicament » de lui conférer son statut de médicament en lui attribuant l’Autorisation de Mise sur le Marché ou AMM.

 

On estime que sur 10 000 molécules envisagées au départ, seules 10  seront testées sur l’homme dans le cadre d’essais cliniques et une seule obtiendra l’AMM. Un médicament est né, il sera caractérisé par son RCP : Résumé des Caractéristiques du Produit (disponible sur le site http://base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr).
Il est important de préciser que l’AMM est toujours donnée pour une indication précise et l’utilisation du médicament dans une autre indication nécessitera la réalisation de nouveaux essais cliniques permettant de vérifier sa balance bénéfice-risque dans cette nouvelle indication. De plus, quelle que soit la qualité des études ayant précédé la mise sur le marché d’un nouveau médicament, celles-ci ne permettent pas d’établir avec certitude sa sécurité d’emploi dans la vraie vie. Les essais cliniques présentent en effet certaines limites :

  • ils incluent un trop petit nombre de patients
  • ils excluent souvent les patients atteints d’autres pathologies et recevant déjà plusieurs médicaments
  • ils portent trop souvent sur une tranche d’âges médians (excluant les très jeunes et les très âgés)
  • ils sont trop courts

Or, une fois l’AMM obtenue, la prescription va porter sur tout type de patient et le traitement pourra être pris au long cours, c’est le cas dans la LMC. Les essais cliniques sont toujours menés avec une surveillance rigoureuse des patients participants et, une fois l’AMM obtenue, il apparaît primordiale que cette surveillance puisse se poursuive.
C’est le rôle de la Pharmacovigilance qui a pour objet la surveillance du risque d’effet indésirable résultant de l’utilisation des médicaments et produit à usage humain (mentionné à l'article L. 5121-1 du code de la santé publique). En  réévaluant en permanence le rapport bénéfice/risque du médicament, elle rend ainsi son utilisation la plus sure possible pour les patients et pour les professionnels de santé.
Les acteurs de la pharmacovigilance sont : les professionnels de santé, les agences d’évaluation des médicaments, les centres régionaux de pharmacovigilance, les laboratoires pharmaceutiques mais aussi les associations de patients agréées et les patients eux mêmes.

En effet, si les médecins, pharmaciens, chirurgiens dentistes et sages femmes ont l’obligation de déclarer les effets indésirables susceptibles d’être dûs à un médicament ou à un produit à usage humain au centre régional de pharmacovigilance de leur région, un décret de 2011 (décret n°2011-655 du 10 juin 2011)  permet maintenant aux  associations de patients et aux patients de signaler directement les effets indésirables des médicaments et produit à usage humain via le site de l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produit de santé, http://ansm.sante.fr/) dans la rubrique « déclarer un effet indésirable »).  

 

L’ensemble des données de pharmacovigilance collectées par les différents Centres de Pharmacovigilance Régionaux sont mutualisées, de façon totalement anonyme (pas d’identification du patient et du professionnel de santé) dans une base de données Nationale de l’ANSM, puis rejoignent une base de données mondiale de l’OMS.
A noter, la démarche de l’Institut Paoli Calmette en collaboration avec le Centre Régional de Pharmacovigilance de Marseille qui a choisi de former des bénévoles à la déclaration des effets indésirables afin qu’ils puissent, à leur tour, accompagner des patients dans cette démarche.

Puis vient le temps du Médicament Générique. Ce dernier émerge à l’expiration du brevet qui protège le médicament princeps, (généralement 20 à 25 ans après la découverte de la molécule). Le Pr. Micallef a insisté sur le fait que le médicament générique est « un vrai médicament », la molécule qui le constitue est absolument identique à celle du médicament princeps. Les différences peuvent concerner la forme pharmaceutique, les excipients, la présentation, mais il doit présenter une efficacité et une sécurité équivalentes à celles du médicament de référence. Il doit avoir subi des études de " bioéquivalence ", c’est à dire avoir montré que ses vitesses d’absorption par l’organisme ainsi que les quantités absorbées ne sont pas significativement différentes de celles du médicament de référence. Ainsi, seuls les génériques répondant à ces exigences obtiendront,  de la part de l’ANSM, une autorisation de mise sur le marché. Et comme tout médicament, il fera l’objet d’une surveillance permanente dans le cadre de la pharmacovigilance tout au long de sa vie.

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Docteur Laurent Chiche, médecine interne, Marseille

Dr Laurent Chiche (Médecine Interne, Hôpital Européen, Marseille)


Les essais cliniques dans la vraie vie :


Les essais cliniques réalisés en France représentent 10% des essais cliniques internationaux mais la France montre depuis 10 ans un recul dans son taux de participation. Plusieurs mesures ont été mises en œuvre par le Ministère de la Santé afin d’améliorer l’attractivité de la France auprès des laboratoires pharmaceutiques et de pouvoir ainsi donner aux patients les meilleures chances possibles d’accéder aux innovations thérapeutiques. La France reste cela dit très bien positionnée dans sa participation aux essais menés dans les domaines du cancer, de l’infectiologie et des maladies rares.

 

Pour pouvoir être mené en France, un essai clinique doit avoir été autorisé par l’Agence Nationale du Médicament et des produits de santé (ANSM) et avoir obtenu un avis favorable d’un Comité de Protection des Personnes (CPP).


Les essais cliniques se déroulent généralement en trois phases au cours desquelles sont respectivement évalués la toxicité, l’efficacité/détermination de la dose optimale et enfin le rapport entre l’efficacité et la tolérance. C’est à l’issue de ces trois phases que les Agences du médicament décident ou non de la mise sur le marché du médicament.

Une quatrième phase est alors généralement menée afin de suivre la tolérance du produit dans la vraie vie et sur le long terme. La première phase visant à évaluer la toxicité est le plus souvent réalisée sur des volontaires sains. Les troisième et quatrième phases, qui visent à évaluer et préciser le rapport  efficacité/tolérance, nécessitent l’inclusion d’un très grand nombre de patients et doivent la plupart du temps être menées à l’échelle internationale afin  de "mutualiser" les patients. C’est tout particulièrement vrai pour les maladies rares, telles que la LMC, qui présentent un taux de prévalence faible.


Une étude conduite par la communauté en ligne Carenity (carenity.com) auprès de 2270 patients atteints de maladies chroniques montre que plus de 40 % des patients ne savent pas ce qu’est un essai clinique, moins de 1 patient sur 4 sait s’il y a un essai en cours dans leur pathologie et près de 90% ne savent pas comment on y participe. Pourtant, cette enquête révèle que les patients sont globalement plutôt favorables à la participation à un essai clinique et près de 90 % des patients ayant déjà participé seraient prêts à recommencer.

 

Alors comment mieux accéder aux informations ? Y a-t-il des essais cliniques dans ma pathologie, quel intérêt ai-je à participer, comment participer et où se déroule l’essai (souvent les patients se sentent exclus du fait de leur lieu de résidence)? Il y a vraisemblablement encore beaucoup à améliorer mais voici quelques éléments de réponse :
Des informations peuvent être obtenues auprès des médecins, de l’ANSM ou des laboratoires pharmaceutiques. Il existe également des formations qui expliquent ce que sont les essais cliniques et comment on peut y participer. Exemples : le documentaire- débat du 27 septembre à Marseille sur le thème « Explique-moi les essais cliniques », les informations diffusées sur le site internet du LEEM sous la forme de petites vidéos http://www.leem.org/mediatheque/media_videos/570). Des registres sont également disponibles sur internet afin de rechercher les essais en cours dans sa pathologie ainsi que les lieux où ils sont réalisés :

  • le registre de l’INCA : www.e-cancer.fr/Patients-et-proches/Le-registre-des-essais-cliniques, qui répertorie les essais cliniques en cancérologie menés en France. Il précise si l’essai est toujours « ouvert », c’est à dire s’il est toujours possible d’y participer et donne également la liste des établissements qui y participent.
  • Le registre https://www.clinicaltrialsregister.eu qui recense tous les essais cliniques menés en Europe.
  • Le registre https://clinicaltrials.gov qui recense  tous les essais cliniques menés dans le monde entier.

Tous les essais cliniques doivent être enregistrés dans l’un de ces registres. Ils contiennent les informations permettant à un patient ou à son médecin de connaître les critères de recrutement. Ils rendent également publics les résultats, positifs ou négatifs, des essais cliniques, un an après la fin de l’essai.

Troisième partie

Stéphane Daban Vice-Président LMC France conference LMC France 2016 proche leucémie cancer
Stéphane Daban, Vice- Président LMC France

Stéphane Daban, Vice-Président LMC France


Les proches de patients atteints de LMC : qui sont ils, que vivent-ils ?


Stéphane Daban nous a apporté un témoignage très émouvant de son rôle d’aidant aux cotés de Mina, il a évoqué les difficultés rencontrées par les aidants et le manque de reconnaissance pour leur rôle pourtant essentiel.
Le plan cancer 2014-2019 s’est emparé du problème et définit les proches aidants comme « les personnes qui viennent en aide à titre non professionnel, pour partie ou totalement, à une personne dépendante de leur entourage, pour les activités de la vie quotidienne », il soulève les difficultés rencontrées par les aidants et propose des pistes d'amélioration de prise en charge de ces difficultés. Ceci permet une évolution de la perception de l’importance de l’aide fournie par l’aidant et laisse espérer que les mesures proposées par le plan cancer feront bouger les lignes, en améliorant l’aide dont l’aidant a incontestablement besoin.
La tâche peut être parfois lourde et il est primordial que le proche aidant parvienne à préserver son bien être, sa santé, qu’il garde du temps pour lui et ne reste pas isolé afin qu'il puisse maintenir sur le long terme sa présence bienveillante auprès de son proche souffrant. La rencontre avec d’autres proches de patients ou des discussions sur des forums tel que le forum LMC France peuvent permettre d’échanger sur son expérience et de trouver un soutien psychologique.

LMC France Docteur Hélène Hoarau antropologue santé conference 2016
Docteur Hélène Hoarau, antropologue de la santé

Dr Hélène Hoarau, Anthropologue de la santé, CHU de Bordeaux


Qualité de vie et LMC : Vision patients/médecins

 

L’anthropologie est une science qui étudie l’autre. Il s’agit d’une démarche « holiste » qui étudie la personne dans toutes les connexions établies avec son environnement. Le Dr Hoarau a choisi d’étudier les interactions qui s’opèrent dès l’annonce de la maladie en analysant les différents regards portés sur la maladie, celle des patients et celle des médecins.
Il est souvent demandé au patient d’évaluer sa « qualité de vie » par le biais d’auto-questionnaires. Mais cette notion est complexe et dépend de la perception qu’a un individu de sa place dans l’existence, de sa capacité à gérer son bien être et à se satisfaire de la façon de gérer sa vie. Le simple fait d’avoir à évaluer sa « qualité de vie », revient à admettre que l’on quitte le monde des « biens portants », que l’on change d’identité, que la maladie devient sa seule identité. Des témoignages ont été rapportés pour illustrer le ressenti des patients atteints de LMC face à l’annonce du diagnostic, la survenue des effets secondaires liés au traitement, le ras le bol de l’observance thérapeutique, la nécessité de retrouver sa qualité de vie en intégrant tous ces nouveaux éléments à son quotidien. Les moyens de retrouver « sa » qualité de vie son propre à chacun. Se sentir bien avec une LMC peut ainsi passer par le changement de ses habitudes de vie, par l’utilisation de soins de support ou de médecines complémentaires, par l’éducation thérapeutique, par le développement de nouveaux modes de contact et d’apprentissage tel que l’internet-santé, et bien sûr par ses proches.

LMC France Docteur Agnès Guerci-Bresler hématologue CHU Brabois conference 2016
Docteur Agnès Guerci-Bresler, hématologue

Docteur Agnès Guerci-Bresler, service d'hématologie, CHU Brabois, Nancy


La LMC et le désir d’enfant :


L’avènement des ITKs a radicalement transformé le pronostic et la qualité de vie des patients atteints de LMC. Leur espérance de vie est maintenant quasi identique au reste de la population. Le désir de parentalité est donc tout naturellement revenu à l’ordre du jour pour les patients jeunes traités pour une LMC.
Pour autant, le désir d’enfant ne doit pas occulter les risques associés à la maladie pour les parents et les risques associés aux ITKs pour l’enfant à venir. Dans l’idéal, le projet de grossesse doit être discuté avec les médecins le plus tôt possible, au début de la prise en charge afin que les décisions les mieux adaptées soient prises.
Le Dr Guerci-Bresler a présenté les résultats issus de différentes recherches, ainsi qu’une synthèse des observations publiées dans la littérature sur des enfants nés de parents traités par ITKs. Elle a également présenté les préconisations des groupes d’experts.

Chez l’homme sous ITK, on relève quelques cas d’oligospermie (faible taux de spermatozoïdes dans le sperme) ainsi que des anomalies hormonales, avec un faible taux de testostérone et un taux de progestérone élevé, entrainant une gynécomastie, mais les données sur la procréation sont plutôt rassurantes. Avec le recul dont on dispose aujourd’hui, les enfants nés d’un père traité par ITK vont globalement très bien. A noter toutefois que chez l’homme jeune, la conservation du sperme pourra être conseillée dans certains cas au moment de la prise en charge.

Chez la femme, les ITKs n’entrainent pas d’infertilité mais peuvent entrainer des fausses couches et surtout être responsables de malformations fœtales très graves. Il y a théoriquement une contre-indication absolue à mener une grossesse pour une patiente traitée par ITK. Une contraception est donc fortement préconisée chez la femme  jeune en âge de procréer. Inversement, la prise d’ITKs est contre indiquée pendant une grossesse et est proscrite pendant l’allaitement. Ils ne doivent donc être utilisés pendant une grossesse qu’en cas de nécessité absolue et après une information précise du risque potentiel pour l’enfant.

En pratique, quelles sont les préconisations ?

  • Lorsque la LMC est diagnostiquée en cours de grossesse, aucun ITK ne sera prescrit et la patiente pourra, en fonction de son état hématologique, être prise en charge par d’autres types de traitements non toxiques pour le fœtus, comme l’interféron alpha. Le traitement par ITK pourra être initié après la naissance.
  • En cas de grossesse accidentelle chez une patiente sous traitement par ITK, toutes les décisions devront prendre en compte le risque encouru par la mère en cas d’arrêt du traitement ainsi que le risque potentiel de malformation pour le fœtus.  Une interruption thérapeutique de grossesse pourra être envisagée. Si la grossesse est poursuivie, le traitement devra être interrompu immédiatement car le risque de malformation est le plus élevé pendant l’organogénèse, soit les 12 premières semaines de grossesse. Le suivi échographique du fœtus est indispensable. En fonction de l’état hématologique de la mère, un traitement par interféron alpha  pourra être introduit et, en cas d’intolérance ou de mauvaise réponse, la reprise du traitement par ITK pourra être envisagée à partir du 2ième trimestre.
  • Pour une grossesse « programmée », le traitement par ITK devra être interrompu avant la conception. Il est donc préférable de programmer une grossesse lorsque la réponse hématologique est optimale. L’idéal est d’avoir un recul thérapeutique d’au moins 3 ans avec une réponse moléculaire complète ou une réponse moléculaire majeure stable depuis au moins 2 ans. En cas de perte de la réponse moléculaire optimale en cours de grossesse, un traitement par interféron alpha pourra être introduit et, en cas d’intolérance ou de mauvaise réponse, la reprise du traitement par ITK pourra être envisagée à partir du 2ième trimestre.

 

conference lmc france Tristan Berthier Ostéopathe Aix en Provence ostéopathie
Docteur Aude Charbonnier, Hématologue, Marseille

Dr. Charbonnier, hématologue et Présidente du conseil scientifique LMC France


Les effets secondaires : leur gestion au quotidien.


La définition des effets secondaires (appelés aussi effets indésirables) a été rappelée : " les effets secondaires sont des effets non voulus des médicaments se produisant aux posologies normalement utilisées chez l’homme ".

 

Ainsi, tout médicament peut présenter des effets secondaires, et c’est la balance entre les bénéfices apportés par le médicament et les inconvénients (ou risques) associés  qui doit être prise en compte pour décider de la poursuite du traitement.
En règle générale, les effets secondaires ne sont pas automatiques, ils peuvent varier en fonction des individus, mais aussi des traitements et des maladies associées.


Cinq ITKs sont actuellement disponibles pour le traitement de la LMC. On note la présence d’effets secondaires communs à ces 5 molécules :
- Les effets hématologiques surtout notés en début de traitement :    

  • Neutropénie (baisse des  globules blancs appelés polynucléaires neutrophiles)
  • Thrombopénie (baisse des plaquettes)
  • Anémie (baisse de l’hémoglobine), peut être corrigée par la prise d’EPO (érythropoïétine)

- L’Asthénie (ou fatigue) qui souvent diminue avec le temps. Plus importante sous Glivec
- Les maux de tête
- Les problèmes cutanés (prurit, sécheresse, éruption)
- L’hypophosphorémie (baisse du phosphate dans le sang) qui nécessite un traitement de substitution.


Individuellement, chacun des cinq ITKs présente également des effets secondaires spécifiques :


- L’Imatinib -  (doit être pris au milieu des repas)

  • Troubles digestifs (diarrhées, nausées, vomissements, douleurs abdominales) >> peuvent être réduits par la prise de traitements standards contre ces symptômes )
  • Hémorragies conjonctivales
  • Œdèmes des paupières ou périorbitaires / Œdèmes périphériques >> traité par diurétiques
  • Troubles musculaires (crampes, douleurs, inflammation) >> traité par Hexaquine, massages
  • Perturbations du bilan hépatique >> interruption temporaire, diminution des doses ou changement d’ITK en fonction du grade   

- Le Nilotinib – (doit être pris à jeun et à distance des repas)

  • Troubles non hématologiques : hypokaliémie, hypocalcémie, hyperglycémie, hypercholostérolémie, hyperlipasémie, >> nécessitent une surveillance biologique tous les 6 à 12 mois
  • Perturbation du bilan hépatique >> surveillance régulière
  • Troubles cutanés >> mesures préventives possibles  
  • troubles pancréatiques >> surveillance amylasémie et lipasémie
  • Hypertension artérielle  (HTA) >> traitements standards
  • Possibles thromboses artérielles périphériques, ischémie myocardique, Accidents vasculaires  cérébraux >> il est important de détecter les patients à risque cardiovasculaire avant toute prescription. Le cas échéant, Imatinib, Bosutinib ou Dasatinib pourront être préférés.

- Le Dasatinib

  • Les épanchements de la plèvre (présence de liquide dans la plèvre) chez 14 à 39 % des patients traités. Identifiables par des douleurs à la base du thorax, un essoufflement inhabituel, une toux inhabituelle ou une radiographie du thorax. Le médecin doit être alerté immédiatement devant un de ces symptômes. >> suspension du dasatinib jusqu’à résolution, traitement possible par cortisone, reprise du dasatinib possible à doses réduites en fonction du degré de l’épanchement, et sous contrôle médical strict.
  • Hypertension artérielle pulmonaire ou HTAP : rare moins de 1%. L’essoufflement et la fatigue doivent alerter et pousser à consulter. >> arrêt du traitement.

- Le Bosutinib

  • Troubles digestifs (diarrhées, nausées, vomissements) sont les plus fréquemment rapportés >> peuvent être réduits par la prise de traitements standards contre ces symptômes. Peuvent conduire à une interruption temporaire voire à l’arrêt du traitement.
  • Perturbations de la fonction hépatique >> surveillance

- Le Ponatinib

  • HTA, thrombose veineuses et artérielles, Ischémie myocardique >> tout comme pour le Nilotinib, il est important de détecter les patients à risque cardiovasculaire avant toute prescription. Le cas échéant, un autre traitement pourra être préféré.
  • Troubles pancréatiques >> surveillance amylasémie et lipasémie

Les Trophées LMC France 2016

La conférence s'achève par la remise des Trophées LMC France qui récompensent des patients ou proches de patients qui ont entrepris des actions remarquables.

 

Ont été distingués cette année : Bernadette Marchand, Relais LMC France, pour son investissement permanent auprès des patients, Michèle et Pascal Raynaud pour le concert réalisé avec le centre socio-culturel M.L. Davin, le Docteur Marie Joëlle Mozziconacci, pour son soutien sans faille et Romain Flandin pour son aventure en trottinette "Biarritz-Chamonix, tout est possible".

 

Les sommes récoltées par Romain Flandin, tout au long de son périple en trottinette, seront remis à LMC France prochainement. A l'occasion de cette rencontre, LMC France lui remettra officiellement le trophée LMC France qui lui a été décerné lors de la conférence à l’occasion de la Journée Mondiale de la LMC.
Nous vous informerons de cet évènement pour clore définitivement cette magnifique aventure.

Trophées LMC 2016 France Stéphane Daban Vice-Président Mina Présidente Aude Charbonnier Hématologue Hélène Hoarau Agnes Guerci Bresler Marchand Michèle Pascal Raynaud Galluzo Rebreyend Garcin Catherine Mazza Fati Chaib Eddour
La remise des Trophées LMC France 2016

Ci-dessus : la remise des Trophées LMC France 2016 - Avec de gauche à droite et de et de bas en haut : Bernadette Marchand, Docteur Mozziconacci, Stéphane Daban, Mina Daban, Docteur Charbonnier, Michèle et Pascal Raynaud, Joseph Galluzo, Myriam Rebreyend, Nicole Garcin, Catherine Mazza, Fati Chaib-Eddour, Docteur Hoarau et Docteur Guerci-Bresler.

Remerciements C. Mazza